04 juin 2006

Chapitre 5. Le drame des Hasseck

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Au petit matin ce jour-là, les agents Morgan et Wong revenaient de leur tournée nocturne et s'apprêtaient à regagner l'Hôtel de Police.

La nuit avait été calme, rien que des incidents mineurs : un ivrogne qui criait à tue-tête et avait réveillé les résidents d'un quartier naturellement paisible, un adolescent qui essayait de rentrer en douce d'une virée, une jeune mère sur le point d'accoucher alors qu'elle était au cinéma...
La routine, quoi.

Les deux hommes discutaient de leur vie privée, Wong, marié, se plaignait des exigences de sa femme, qui trouvait qu'il ne gagnait pas assez, Morgan, célibataire, racontait ses exploits sentimentaux.

Tout d'un coup, alors qu'ils passaient devant le terrain abandonné (la honte de Montsimpa, ce terrain vague, décidément...), Wong interrompit son collègue, qui conduisait :
" Arrête-toi!
- Qu'est-ce qui t'arrive? dit Morgan en pilant net.
- Il y a quelque chose, là-bas..."

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Descendus de voiture, les deux agents virent une forme allongée sur le sol.
Un homme, le visage en sang, gémissait dans une semi-inconscience.

" Il a l'air mal en point...
- Encore un ivrogne qui cuve son vin, dit Wong.
- Non, je ne crois pas, il a l'air d'avoir reçu un coup à la tête.
- Qui ça peut bien être?
- Attends... Je le connais... Il est venu plusieurs fois à l'Hôtel de Police quand j'étais en service, pour contrôle... C'est Steeve Hasseck...
- ... Tu n'as pas entendu un bruit?"

Un bruissement avait attiré l'attention de l'agent Wong, il dégaina son arme et se dirigea à pas lents vers le plus éloigné des containers, pendant que Morgan appelait le QG sur son portable pour demander des secours.

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Une silhouette apparut derrière un container cherchant à se dissimuler.
Wong remarqua aussitôt que l'homme était armé.
" Halte!" cria-t-il.

L'homme s'enfuit en courant, Wong se lança à sa poursuite.
" Halte!  Arrêtez-vous, ou je tire!"
L'inconnu se figea.
" Posez votre arme sur le sol, doucement... Très bien. Les mains en l'air. Retournez-vous..."

C'était Kévin Hasseck...

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Le médecin-chef reçut Brenda après l'avoir fait patienter près de deux heures pendant lesquelles on avait opéré son mari.
Steeve avait un important hématome et on craignait une compression du cerveau, de plus il souffrait d'un grave traumatisme crânien.

Elle ne fut pas inutilement rassurante. L'état du blessé était sérieux, il était trop tôt pour avoir une idée précise des séquelles envisageables.
Le coup qu'il avait reçu, porté avec une extrême violence, cherchait évidemment à tuer.
Il fallait attendre.

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Brenda ne fut pas autorisée à voir son mari pour l'instant, et je suis allée la rejoindre à l'hôpital dans la soirée.
Les deux agents m'avaient mis au courant de la situation dès mon arrivée au bureau.
Kévin avait été placé en garde à vue. Interrogé, il avait avoué que c'était bien lui qui avait frappé son père, mais il refusait d'en donner les raisons.

J'ai envoyé des policiers perquisitionner chez lui, et je n'ai été qu'à moitié surprise quand ils ont rapporté le résultat de leurs investigations : objets d'art volés, armes, drogue...

Tout ça, je ne l'ai pas dit à Brenda, c'était déjà bien suffisant pour elle de devoir faire face à l'état de santé de son mari.

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Le lendemain, le Directeur est arrivé avec son air des mauvais jours.
Il est entré dans mon bureau juste après avoir brièvement frappé à la porte, et m'a aussitôt questionné sur "l'affaire Hasseck".

On avait jusque là réussi à cacher le nom de l'homme qu'on avait arrêté, mais il y avait eu vraisemblablement une fuite (je soupçonnais l'un des agents Morgan ou Wong), et il s'étalait à la une des journaux du matin.
J'étais pétrifiée : Brenda allait apprendre ainsi que c'était son fils qui avait voulu tuer son mari... J'ai aussitôt demandé la permission de l'appeler.
Le Directeur a acquiescé. C'est tout à fait le genre d'histoire qu'il abomine : dans notre petite communauté, il y a toujours eu un lien fort entre les habitants, même si quelques querelles ont agité les uns et les autres, et un drame comme celui-là allait secouer les esprits pendant longtemps.

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Brenda a obtenu la permission de se rendre au chevet de Steeve, et elle y est allée avec ses deux cadets, Brandon et Patrick.
Pauvres gosses! Apprendre en même temps que leur père est entre la vie et la mort, et que leur frère est une graine d'assassin...

Car devant les preuves trouvées à son domicile, Kévin a fini par craquer. Il fait partie de la bande qui écume la région depuis des mois. Son père s'est rendu compte incidemment des activités de son fils aîné. Sans en parler à sa femme, pour ne pas l'inquiéter, il a surveillé Kévin, et lui est tombé dessus lors d'une livraison de drogue. Il a essayé de le raisonner, de l'inciter à cesser ses activités répréhensibles. Mais Kévin n'a rien voulu savoir, il s'est affolé, craignant que son père ne le dénonce, et il l'a frappé, le laissant pour mort.
Sans l'arrivée des deux policiers, il courait toujours, et Steeve serait peut-être à la morgue à l'heure qu'il est.

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Il y a des choses que je n'aime pas trop faire, mais je ne pouvais pas laisser passer ça.
J'ai convoqué l'agent Morgan, je savais que c'était lui qui avait informé la presse, j'ai commencé par le féliciter pour l'intervention rapide et efficace sur le terrain, histoire de le mettre à l'aise. Et puis je lui ai fait part de mes soupçons et des éléments qui les confortaient.
Il s'est troublé, et il a reconnu les faits. Je lui ai dit que, pour cette fois, je me contenterai d'un avertissement verbal, mais qu'il devrait être plus circonspect à l'avenir, ses fonctions l'obligeaient au plus strict secret professionnel.
Il n'a pas bien pris mes remarques et il m'a jeté :
" Alors, deux poids deux mesures? Moi, je me fais remonter les bretelles pour une broutille, mais Angela Benard, parce que c'est votre copine, elle peut faire des choses autrement plus graves!"
Je l'ai sommé de s'expliquer, mais il n'a rien lâché, hormis :
" Si vous ne savez vraiment rien, c'est que vous êtes aveugle!... Interrogez-la directement!"

Ah... Je vais devoir y passer... Mais de quoi ai-je vraiment peur, au fond?

Posté par Fortuna à 22:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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